• Témoignage

    Souvenirs.

    Lors d'une discussion à la fête des voisins, je me suis rendue compte que peu de personnes savent comment vivaient (ou survivaient) leurs parents ou grands parents pendant la guerre 39-45. Ma mère étant née fin 1939 elle a peu de souvenirs mais avec mes grands-parents maternels c'est un sujet que nous évoquions souvent.

    Mon grand-père a même laissé des témoignages écrits car, comme son père, bien qu'ayant quitté l'école à 14 ans pour travailler à la ferme familiale il aimait lire et écrire. Mon oncle recopie sur ordinateur carnets et notes diverses, et de temps en temps il nous transmet une partie.

    Aujourd'hui j'ai décidé de vous présenter un extrait du "journal de bord" tenu par mon grand-père pendant la 2ème guerre. Il y a tout juste 75 ans, il était en Alsace-Lorraine :

      

    Le 21 juin 1940 à 10 heures 30 du matin, nous sommes fait prisonniers dans le village de Dabo à 19 km de Sarrebourg. Nous partons tout un détachement à 11 heures pour Saverne où nous arrivons à 8 heures du soir. Nous passons la nuit dans les hangars de l’'armée à la sortie de la ville. Le lendemain, nous logeons dans la caserne du Château. Nous avons faim ; les civils font ce qu’ils peuvent pour nous ravitailler et c'’est la grande cohue dès qu'’ils arrivent avec les paniers. Bientôt, tout accès leur est interdit.

    Le 24 juin nous quittons Saverne après avoir reçu un casse-croûte pour la journée. Nous passons par Phalsbourg où nous arrêtons pour manger. Là aussi, les civils nous apportent quelque chose ; nous avons même eu un litre de vin que nous avons bu avec Lecoq, Curé, Pradhain et Poufy. Il nous a semblé bien bon après la flotte que nous avons bu pendant ces 3 jours, car il fait très chaud et la poussière nous altérait beaucoup. A 3 heures de l'’après midi, nous arrivons à Sarrebourg à la caserne des tirailleurs. Nous logeons dans le bâtiment au bout de la cour et au deuxième étage.

    Ce n’est pas une petite corvée lorsqu’'il faut sortir et au bout de 8 jours, nous sommes bien affaiblis car la nourriture est infecte. Les jambes ne veulent plus nous porter, la tête tourne et on est à bout de force lorsqu'on a descendu et remonté les escaliers.

    C’est là que j'’ai passé les plus tristes jours de ma vie.

    J’'ai regardé bien des fois, étant couché dans le jardin, la nature et les cartes mais les bobards circulaient sans cesse et même venant de nos bracs officiers qui nous disaient “ ce n’'est pas la peine de s’évader, nous allons tous être libérés d’'ici peu ”.

    C’est là aussi que j’ai vu comment se faisait la "solidarité". Des camarades vendaient des boules de pain jusque 100f , un paquet de tabac 300f, un cahier de feuilles à cigarettes 17f. Il y avait le coin des forains avec toutes sortes de loterie pour soutirer de l’'argent, des joueurs de poker, etc.  Il y en a qui ramassaient jusque 2000f par jour, d’'autres faisaient de l’'espèce de soupe, ils avaient même tué un chien et vendaient le quart de bouillon 1f. Les malheureux ……… qui ne pouvaient éviter la faim fouillaient dans les tas d’ordures pour ramasser les épluchures de pomme de terre, des pieds de vaches à moitié pourris qu’'ils faisaient cuire pour manger.

    A la suite de ces privations, une épidémie de dysenterie survint. Ce fut une infection dans les waters, autour des fossés au bord du jardin. La nuit, il nous était défendu de sortir, même pour les besoins. Un jour, un camarade étant perdu dans le couloir, il alluma une allumette pour retrouver sa chambre. La sentinelle le vit et tira un coup de fusil à travers la fenêtre ; la balle le toucha à la cuisse. De temps à autre, les mitrailleuses crépitaient autour de la caserne.

    Quoique assez fort mangeur, je sus endurer ces souffrances, mais le 18 juillet, j’'entrais à l’'infirmerie pour une bronchite. Le docteur m’'ordonna du sérum de cheval pour me remonter et le 24 au soir, la fièvre étant tombée, je regagnais ma chambre.

    Le 26 juillet nous quittons Sarrebourg. Une rame de wagon à bestiaux (50 par wagon) nous attend à la gare. Nous partons à midi et là encore, les bobards redoublent. “ Nous allons à Chalons ” disent les uns, “ vers le Nord de la France ” disent les autres et à 6 heures du soir, nous arrivons à Sarreguemines. Une voix se fait entendre : nous descendons sur Strasbourg, grande désillusion dans toutes ces espérances. A 7 heures nous passons la frontière et prenons le chemin de l’'exil.

     

    Voilà pour ce petit extrait de vie réelle en 1940. L'exil fut long, mon grand-père n'est revenu dans les Ardennes que fin mai 1945. Ma mère a donc vu son père pour la première fois alors qu'elle avait 5 ans 1/2.

     

    De mon côté je vais encore être absente des blogs. En congé pour une semaine, je pars quelques jours chez mon fils ... en Alsace. Il habite à 50 km de Sarrebourg, entre Haguenau et Saverne.

    Je vous souhaite un bon dimanche, une bonne semaine. Attention à la chaleur !!

     

     

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  • Commentaires

    5
    Vendredi 3 Juillet 2015 à 19:46

    Bonsoir,

    Merci pour votre commentaire. Obligé de refaire mon commentaire car apparemment il y a des soucis avec le navigateur Firefox je ne sais pas ce qui se passe. En ce qui me concerne j'ai eu la chance d'avoir des parents nourriciers exceptionnels, sauf que comme j'étais infecte vers l'âge de douze ans car je répondais systématiquement en faisant des réflexions plus que désagréable à mes parents nourriciers qui pourtant m'aimaient autant sinon plus que leur propre fils, donc mon père nourricier avait pris la décision de me mettre dans un centre de la Dass. J'exagère à peine en vous disant que dans les années 70 ça ressemblait à hauteur de 60% à l'ambiance que l'on peut voir dans le film les choristes! Non vous ne m'aviez pas dit que votre fils travaille comme éducateur dans un établissement. Eh bien je lui souhait franchement bon courage car lorsque l'on constate le comportement et la mentalité des gamins de notre époque il faut avoir des qualités exceptionnelles pour les supporter, et je présume qu'il ne doit pas avoir le droit de leur mettre des claques évidemment! A mon époque on était tous obéissant car il était impossible de ne pas se soumettre à la discipline imposée. Sans renter dans les détails voici néanmoins un échantillon de la vie dans un établissement de la Dass dans les années 70: Tout d'abord on dormait dans des dortoirs surveillé par une lucarne, d'autre part interdiction de se lever la nuit pour aller aux toilettes, "en ce qui me concerne j'avais une autorisation du fait de mes problèmes médicaux particuliers", interdiction aussi de se lever pendant la sieste obligatoire de l'après-midi, obligé d'aller manger tous en même temps, pareil pour les douches, "c'était un problème pour moi à cause de mon état particulier" on marchait en colonne par deux, et on était tous habillé pareil car interdiction de mettre nos vêtements personnels, corvée de vaisselle, 90 couverts à essuyer après chaque repas sauf pour celui qui balayais le réfectoire, "ce que j'essayais de faire lorsque c'était possible" et encore un petit détail qu'en ce qui me concerne je ne supportais pas, c'est que c'était l'établissement qui choisissait la période ou on avait le droit d'être en pantalon car autrement il fallait porter un short, inutile de vous dire que je n'ai plus jamais porté de short de ma vie à l'exception de mon équipement cycliste lorsque je faisais du vélo de course à mon adolescence, mais bon autrement même en plein été je ne porte ni short ni toutes ces merdes de sandalettes que j'étais obligé de porter à la Dass. Si un jour vous allez faire du tourisme à Angers et que vous allez visiter le musée Saint Jean, eh bien juste à côté de ce musé qui est lui-même un ancien hôpital du 12 ème siècle, eh bien il y a une cour et un autre musé juste à côté et ce lieu est mon ancien centre de la Dass, et l'on voit bien l'ancienne cour avec les hauts murs, murs sur lesquels il y avait des bouts de verre d'incrustés dedans. Lors de journée du patrimoine j'ai su par une des employées du musé que des personnes très très âgés qui ont malheureusement été élevé dans cet établissement avait discuter avec elle et ils ont expliqué que la vie qu'ils ont vécu la dedans à leur époque était bien pire que celle en vigueur dans cet établissement dans les années 70. Bon je cesse de parler de ça car ce ne sont certainement pas des bons souvenirs et cela me met en colère lorsque je vois ou j'entends la façon dont sont élevé les gamins à notre époque, c'est la politique de l'enfant roi et on voit le résultat lorsqu'ils font la loi cher leurs parents et qu'ensuite ils deviennent pour certains d’entre-deux des délinquants en puissance! Lorsque je lis l'extrait de ce qu'à vécu votre grand-père et que je vois certaines personnes dans notre pays qui sont toujours à se plaindre à notre époque, cela me dégoûte car la plupart des gens ne se rendent pas compte de la chance qu'ils ont par rapport à ceux qui ont vécus avant nous. Dans les années 60 il y avait encore des gens qui n'avaient pas de sanitaire ni de douche chez eux, pas de machine à laver, enfin bref pas du tout de confort etc...etc...! Merci de me souhaiter bon courage pour la canicule, mais bon pas de souci avec la chaleur, mes bas de contention ne m'ont pas empêché de faire cinquante kilomètres en vélo aujourd'hui en plein soleil, il faut bien s'hydrater, lunettes de soleil de qualité plus crème solaire indice 50 de chez Avène et manger des féculents avant de faire du vélo et ça va...! Je pense que dans vos bureaux les ventilateurs doivent tourner à plein régime ou bien la climatisation! En ce qui mon concerne en ce  moment  j'ai un ventilateur qui tourne à puissance maximale à quelques mètres de mon ordinateur et c'est appréciable! Bon mon commentaire a été un peu long, je vais répondre à mes autres correspondantes et ensuite préparer mon dîner, c'est haricots verts frais cuit à la vapeur ce qui va augmenter un peu la température dans mon appartement, mais bon le restant de l'année je mange toujours des haricots en boîte donc je suis bien content d'en manger enfin des frais car ça n'a pas du tout le même goût et de plus ils ont été cultivé sans aucun traitement chimique. Je vous souhaite une bonne fin de soirée, et vraiment merci d'être passé faire un petit coucou sur mon blog car cela faisait un petit moment que je n'avais pas eu de vos nouvelles.

    4
    Vendredi 3 Juillet 2015 à 18:33

    Bonjour Orpha, c'est un trésor que tu as là..ça devait bien aider de tenir un journal dans ces tristes périodes..Oui chaud, très chaud!! Bises à toi et courage!!

     

    3
    Vendredi 3 Juillet 2015 à 14:20

    Bonjour


    Cela devait être une période horrible à vivre...


    Pour répondre à ta question, non tous mes neveux et nièce ne sont pas à ma soeur. Elle a deux garçons et une fille. J'ai un frère qui a deux garçons. Un autre de mes frères à un garçon et un de mes frères va avoir une petite fille au mois de septembre. Et j'ai encore deux frères qui n'ont pas d'enfant, alors qui sait? J'en aurais encore peut-être!


    Bisous

    2
    Jeudi 2 Juillet 2015 à 17:30

    bonjour, un document précieux ce carnet de bord !! à conserver précieusement et aussi à partager je pense.

    Tu te doutes que la chaleur m'incommode point !!

    je t'envoie message

    bisous

    1
    Jeudi 2 Juillet 2015 à 15:10
    francinea

    bonjour, c'est très intéressant ces témoignages, et c'est une bonne idée de nous en faire part; je suis contente que Capucin aille mieux, le pauvre choupinet, il avait bien mal quelque part, en somme, le tout était de savoir où; à l'instant une guêpé était rentrée chez moi, jel'ai vite fait sortir !! Aujourd'hui c'est plus respirable, ça fait du bien, mais demain, rebelotte; j'ai ouvert mes volets et titi est sorti sur le balcon, il étiat heureux comme tout; je te souhaite de bonnes vacances, et à bientôt bisous



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